Acte I — Mohammed V : l’exilĂ© qui devint père de la nation
NĂ© le 10 aoĂ»t 1909 Ă Fès, troisième fils du sultan Moulay Youssef. La France occupe le Maroc sous forme de protectorat depuis 1912. En 1927, Mohammed ben Youssef a 18 ans. Son père meurt. Les Français choisissent le plus jeune, le plus timide, celui qu’ils pensent le plus manipulable. Erreur historique monumentale.
1943 — le moment clĂ©. La ConfĂ©rence d’Anfa, Ă Casablanca. Roosevelt et Churchill se rencontrent. Mohammed V est invitĂ© au dĂ®ner. Et lĂ , Roosevelt lui fait une promesse : après la guerre, le Maroc sera indĂ©pendant. Les Français ne sont pas au courant. Cette promesse va changer l’histoire du Maghreb.
Le 20 aoĂ»t 1953, Ă la veille de l’AĂŻd el-KĂ©bir, les blindĂ©s français se placent devant le palais. Les Français, en s’appuyant sur Thami El Glaoui, le puissant pacha de Marrakech, dĂ©posent le sultan. Mohammed V et toute la famille royale sont envoyĂ©s en exil — la Corse, puis Madagascar. L’exil dure deux ans et trois mois. Et au lieu de briser la monarchie, l’exil la sacralise. La lĂ©gende raconte que les Marocains voyaient le visage de Mohammed V dans la lune.
En novembre 1955, Mohammed V rentre triomphalement. Le 2 mars 1956, la France reconnaĂ®t l’indĂ©pendance du Maroc. Le 26 fĂ©vrier 1961, le roi meurt sous anesthĂ©sie lors d’une opĂ©ration banale. Il a 51 ans. Mort suspecte ? Le mystère n’a jamais Ă©tĂ© Ă©lucidĂ©.
Acte II — Hassan II : le lion, le renard et les années de plomb
Son fils Moulay Hassan devient roi. Hassan II. NĂ© le 9 juillet 1929 Ă Rabat. L’homme qui va rĂ©gner 38 ans et transformer le Maroc en l’État le plus stable — et le plus autoritaire — du Maghreb. CultivĂ©, polyglotte, joueur de golf passionnĂ©, ami personnel de Jacques Chirac, intermĂ©diaire secret entre les Arabes et IsraĂ«l.
Mais Hassan II, c’est aussi les annĂ©es de plomb. 1965 — l’affaire Ben Barka. Mehdi Ben Barka, leader de la gauche marocaine, ancien professeur du roi, est enlevĂ© devant la brasserie Lipp Ă Paris. Il n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©. L’affaire implique les services marocains, français, et probablement le Mossad.
Puis viennent les deux coups d’État les plus spectaculaires de l’histoire africaine. 10 juillet 1971 — le coup d’État de Skhirat. 1 400 cadets surgissent pendant l’anniversaire du roi, mitraillettes Ă la main. Des dizaines de morts. Le roi se cache, puis dit aux cadets : « Mes enfants, je suis votre roi. » Ils hĂ©sitent. Le roi est sauvĂ©. 16 aoĂ»t 1972 — deuxième tentative. Le gĂ©nĂ©ral Oufkir fait mitrailler l’avion royal en plein vol. Le roi prend le micro et dit : « Le roi est mort ! » Les avions cessent le feu. Le Boeing atterrit. Hassan II sort vivant. Le soir mĂŞme, Oufkir est retrouvĂ© mort.
Après ces deux tentatives, la rĂ©pression atteint des sommets. Le bagne de Tazmamart — dans le dĂ©sert — devient le symbole de l’horreur. Des dizaines de militaires y sont enterrĂ©s vivants pendant 18 ans, dans des cellules de 2,4 mètres sur 1,2 mètre, sans lumière. Sur 58 prisonniers, 30 meurent.
Mais Hassan II est aussi l’homme de la Marche verte. Le 6 novembre 1975, il lance 350 000 civils marocains Ă travers la frontière du Sahara occidental. Pas un soldat, pas une arme. Juste 350 000 personnes avec des drapeaux et des Corans. L’Espagne cède. Le Maroc annexe le Sahara occidental. Hassan II meurt le 23 juillet 1999, Ă 70 ans.
Acte III — Mohammed VI : le roi moderne et la princesse fantôme
Sidi Mohammed, fils aĂ®nĂ© de Hassan II et de Lalla Latifa, monte sur le trĂ´ne Ă 36 ans. L’espoir est immense. Il limoge Driss Basri, l’architecte des annĂ©es de plomb. Il rĂ©forme la Moudawana pour les droits des femmes. Il lance le port de Tanger Med, le TGV Al Boraq Tanger-Casablanca.
Et il fait quelque chose d’inĂ©dit : il montre sa femme. Le 21 mai 2002, il Ă©pouse Salma Bennani, fille d’un enseignant de Fès. Cheveux roux, sourire lumineux. Lalla Salma. Deux enfants : le prince Moulay Hassan (2003) et la princesse Lalla Khadija (2007). Mais en 2018, Lalla Salma disparaĂ®t de la vie publique. Divorce officieux. Elle devient la « princesse fantĂ´me ».
En juin 2026, la grande question : la santé du roi. Mohammed VI, opéré du cœur en 2017, multiplie les absences. Le prince héritier Moulay Hassan, 22 ans, monte en première ligne. Transition en douceur ? Le palais ne dit rien. Au Maroc, le palais ne dit jamais rien.
Les coulisses
Hassan II et IsraĂ«l — le roi a servi d’intermĂ©diaire secret pendant des dĂ©cennies, une coopĂ©ration qui a abouti aux accords d’Abraham de 2020. La fortune du roi — ses holdings Al Mada contrĂ´lent banques, mines, agro-industrie. Fortune estimĂ©e entre 2 et 8 milliards d’euros. La Coupe du Monde 2030 — le Maroc coorganise avec l’Espagne et le Portugal le premier Mondial sur le sol nord-africain. Un stade de 100 000 places sort de terre Ă Casablanca.
Mot de fin
Trois rois en 65 ans d’indĂ©pendance. Et cette nuit, quelque part Ă Rabat, dans l’immense palais royal aux portes de cuivre, un jeune prince de 22 ans — Moulay Hassan — se prĂ©pare peut-ĂŞtre Ă devenir le 24e monarque alaouite. Sera-t-il le lion ou le renard ? Car au Maroc, mes amis, l’histoire n’est pas Ă©crite par les historiens. Elle est Ă©crite par le Makhzen — cette nĂ©buleuse de pouvoir autour du trĂ´ne, vieille de quatre siècles, invisible et omnipotente.
Bonne nuit mes amis. Et que le vent de l’Atlantique, celui qui souffle sur les remparts d’Essaouira et les minarets carrĂ©s de Fès, vous porte de doux rĂŞves.
Dans la sĂ©rie « Les monarchies d’Afrique » : le Maroc complète le trio des trois royaumes qui subsistent sur le continent, aux cĂ´tĂ©s de l’Eswatini, dernière monarchie absolue d’Afrique, et du Lesotho, le royaume dans le ciel. Trois couronnes, trois destins : l’absolutisme swazi, le roi cĂ©rĂ©moniel des montagnes, et la dynastie chĂ©rifienne marocaine.
🎙️ Voix d’Afrique — Saison 15