« L’Historiographe du royaume », de Maël Renouard, Grasset, 336 p., 22 €, numérique 16 €.

En lui demandant de retracer la genèse de son roman, on propose en quelque sorte à Maël Renouard de se faire l’historiographe de L’Historiographe du royaume. L’auteur se prête volontiers à l’exercice. Il se souvient avec précision des différentes étapes qui l’ont mené, au terme de presque vingt années de gestation, à écrire ce roman, dont le narrateur est nommé au poste éponyme par le roi Hassan II du Maroc (1929-1999), et ainsi chargé de consigner les hauts faits du souverain.

« Petit conte oriental »

Maël Renouard en fait remonter les prémices au début de l’année 2001. « A l’époque, je révisais l’agrégation de philosophie. Il faisait gris et froid à Paris et, pour me changer les idées, j’ai acheté un guide de la Méditerranée datant des années 1950. Dans les pages consacrées au Maroc, il y avait un petit paragraphe sur Moulay Ismaël. » Né en 1645 ou 1646, ce dernier gouverna l’empire chérifien de 1672 à sa mort, en 1727 : « J’ai ainsi découvert l’existence d’un sultan contemporain de Louis XIV, et qui en était une sorte de double. » A l’époque, le normalien, né en 1979, lit les Vies imaginaires de Marcel Schwob (1896). « Je me suis dit qu’il faudrait écrire une “vie imaginaire” de Moulay Ismaël, et j’ai commencé à acheter des livres sur l’histoire du Maghreb. » Il a également en tête une « prodigieuse » nouvelle de Jorge Luis Borges, dans L’Aleph (Gallimard, 1967), La Quête d’Averroès. Ainsi écrit-il les trois ou quatre premières pages de son « petit conte oriental » sur Moulay Ismaël. Qu’il laisse de côté.

Cette incursion en littérature n’a pas détourné Maël Renouard de l’agrégation, qu’il obtient. Entre deux cours, l’enseignant traduit Nietzsche, entre autres. Avant d’entrer, en 2009, à Matignon, comme plume de François Fillon. Durant l’été qui suit son départ, en 2012, il se remet à écrire pour lui-même et reprend son conte, en réfléchissant à la possibilité d’inventer « un personnage plus contemporain, conseiller du roi du Maroc au XXsiècle, qui écrirait sur Moulay Ismaël ». A ses références de départ s’est ajouté L’Homme sans qualités, de Robert Musil (Seuil, 1957), dont le protagoniste est engagé, en 1913, dans le comité pour organiser les célébrations du 70e anniversaire du règne de l’empereur François-Joseph, qui doivent avoir lieu en 1918. « Les personnages n’ont aucune idée que, cinq ans plus tard, l’empire austro-hongrois aura disparu. » Il pense faire coïncider sa partie moderne avec les trois cents ans de la montée sur le trône de Moulay Ismaël.

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LA REDACTION